Organisation de l'administration de la Faculté

Ces pages présentent l'organisation administrative de la Faculté et précisent les coordonnées de chaque personnel.

Infos pratiques

M. Cédric CHARLIER 
Tél : 0262 93 81 64
Bât. S1, Aile C, rez de chaussée, bureau 1-19

 

 

Assistante de direction

Mme Sabrina HOARAU
Tél : 0262 93 81 60
Bât. S1, Aile C, rez de chaussée, bureau 1-18

Chargée de communication et de collections scientifiques

Mme Edith AH-PET DELACROIX
Tél : 0262 93 83 41
Bât. S1 bureau 

Responsable de service et de départements

Mme Yolande RAJAOFETRA
Tél : 0262 93 82 35
Bât. S1, Aile C, rez de chaussée, bureau 1-20

Gestionnaire de départements

Mme Sabine JAMS 
Tél : 0262 93 82 77
Bât. S1, Aile C, rez de chaussée, bureau 1-20

Chargée de la gestion du personnel 

Mme Gladys PERIANIN
Tél : 0262 93 81 62
Bât. S1 bureau 1-25

Responsable du Service 

Mme Brigitte LEGER
Tél : 0262 93 81 61
bâtiment principal S1 de la Faculté, au rez de chaussée (niveau 1) dans l'aile A, à gauche du hall d'entrée

Gestionnaires

M. Jeannick VOULAMALE
Tél : 0262 93 82 41
bâtiment principal S1 de la Faculté, au rez de chaussée (niveau 1) dans l'aile A, à gauche du hall d'entrée

Mme Fabienne CALIMOUTOU
Tél : 0262 93 86 06
bâtiment principal S1 de la Faculté, au rez de chaussée (niveau 1) dans l'aile A, à gauche du hall d'entrée

Mme Valérie HOAREAU
Tél : 0262 93 81 63
bâtiment principal S1 de la Faculté, au rez de chaussée (niveau 1) dans l'aile A, à gauche du hall d'entrée

Mme Nathalie BEUF
Tél : 0262 93 81 58
bâtiment principal S1 de la Faculté, au rez de chaussée (niveau 1) dans l'aile A, à gauche du hall d'entrée

M. Ali ABDOURAZAK
Tél : 0262 93 83 80 
bâtiment principal S1

M. Antoine DOSTON
Tél : 0262 93 86 89
bâtiment principal S1 de la Faculté, au rez de chaussée (niveau 1) dans l'aile A, à gauche du hall d'entrée

Technicien informatique

M. Teddy Thermidor
Tél : T: 0262 93 86 03
GSM : 0692 82 11 75
Bâtiment S4B, rez de jardin

Responsable de l'équipe du DLHS affecté à l'UFR 
Mr Philippe Léocadie
Tel : 0692 88 09 78
Bâtiment S6A

Adjoint-technique de l'équipe du DLHS affecté à l'UFR 
Mr Jean-David GUICHARD
Tél : 0692 65 90 82
Bâtiment S6A

Adjointe de l'équipe du DLHS affectée à l'UFR en charge de l'accueil 

Mme Marie-Andrée Léonce
Tel : 0262 93 81 81
Bâtiment S6A

Adjoint-technique de l'équipe du DLHS affecté à l'UFR 
Mr Jean-Noël Mistrin
Tél : 0692 65 90 82
Bâtiment S6A

Faculté des Sciences et Technologies 
15 Avenue René Cassin 
CS 92003 
97744 ST DENIS CEDEX 9

Bâtiment S1 
T +262(0)262 93 81 65 
F +262(0)262 93 81 66 
doyensc.ufr-sciences[at]univ-reunion.fr

Archives

Nos sociétés vivent un temps de révolution qui est à la fois exaltant et inquiétant. Le mouvement dans lequel le monde s’est inscrit est accéléré.

Dès aujourd’hui, nous devons répondre à de nombreux défis dans le respect des valeurs humaines, éthiques et de solidarité.

Le challenge est complexe car il consiste à réinventer : réinventer nos quotidiens, réinventer nos sociétés, réinventer notre monde.

Pour investir dans ce projet, certes ambitieux mais néanmoins à notre portée, il faut être actifs, créatifs et novateurs.

Pour choisir cette voie, celle de la progression sociale, l’éducation sous toutes ses formes est depuis longtemps considérée comme le principal levier. L’éducation transforme nos pays et métamorphose les gens.

C’est cette vision de l’éducation que nous cultivons au sein de la Faculté des Sciences et Technologies.

Dans la circonstance, l’objectif principal des personnels de la faculté est de transmettre des savoirs et des savoir-faire et des passions.

En effet, face aux défis de notre société et de notre territoire, notre ambition est de former des étudiants aptes à répondre aux défis de leur temps, dans les domaines des sciences fondamentales et technologiques.
Au demeurant, s’investir dans les sciences, c’est s’engager dans l’avenir de chacun.

Être fidèle à cet engagement, c’est vous inscrire tout à la fois dans le mouvement, celui du changement et répondre à une promesse, celui du progrès humain. C’est aussi vivre vos années d’insouciance créatrice, de révélation à soi. Ces années-là, elles sont fondatrices.

Je vous souhaite d’être pleinement conscient de vos qualités, de rêver, d’entreprendre et d’oser l’espérance, surtout la plus improbable.

Du travail, de la curiosité et de l’énergie vous seront nécessaires. Ils seront le gage de votre réussite et de notre succès.

Vous êtes ces piliers de nos sociétés nouvelles en pleine mutation et dès lors votre rôle est crucial pour relever ce défi ô combien exaltant !


« Le petit prince s'assit sur une pierre et leva les yeux vers le ciel :
— Je me demande, dit-il, si les étoiles sont éclairées afin que chacun puisse un jour retrouver la sienne ».


Je vous souhaite de trouver votre étoile et d’entretenir votre flamme pour réinventer le Monde.


Pr Brigitte Grondin-Pérez
Doyen de la Faculté

Septembre 2017

2045… un siècle de jours heureux

« Comme Pénélope faisait le jour et défaisait la nuit un grand voile sur son métier en attendant Ulysse, les hommes marquent le temps en voyageant, en explorant la terre, en allant toujours plus loin et en ramenant de contrées lointaines des richesses inconnues et des récits fantastiques ». 
Je vous souhaite aussi de marquer le temps et de marquer l’histoire, en explorant nos univers spirituels et physiques, pour mieux élaborer notre société humaine exemplaire rêvée.
J’espère ainsi que votre voyage sera long et particulièrement riche en aventures, riche en péripéties, riche en expériences et en rencontres.
Pendant votre aventure d’étudiant, je vous demande trois choses :

  • imaginer notre monde et le penser,
  • rêver et faire cette Humanité exemplaire,
  • vous engager à relever les défis auxquels sont confrontées nos sociétés en ce début de siècle.

Ne vous laissez pas faire, faites et engagez-vous !
5 siècles après 1492, 5 siècles après le développement des connexions maritimes internationales, 5 siècles après l’extraordinaire innovation de ce vecteur de diffusion rapide de la connaissance, je veux parler du livre d’imprimerie, 5 siècles après la renaissance, notre monde semble vivre à nouveau une époque charnière entre l’époque moderne et une nouvelle ère.
5 siècles après 1492, l’internet society voit le jour et les réseaux mondiaux d’ordinateurs et d’objets connectés accélèrent irrémédiablement le processus de mondialisation.
Aujourd’hui, Internet a profondément modifié nos échanges et nos rapports, internet a permis de foisonner nos connexions, et a activé nos découvertes scientifiques et nos innovations technologiques.
Internet a profondément modifié nos rapports sociaux bouleversant nos comportements et nos regards.
Internet est cette extraordinaire innovation de diffusion massive et instantanée de la connaissance.
Avec Internet, le début de ce 21ème siècle est une nouvelle époque charnière et marque sans doute le début d’une renaissance.

Vous avez ainsi tout à la fois une chance inouïe et une grande responsabilité. Vous êtes nés avec internet, dans ce village global, dans cette période de renaissance pour changer la vie et changer le monde, pour que l’Humanité vive ensemble et fasse ensemble un avenir.

Au quotidien, vous vivez notre avenir commun et vous le savez à présent, chacune de vos actions individuelles aura des conséquences de l’autre côté de la Terre, chacun de vos engagements prendra un sens globalement.

Ainsi, ce qui marque aujourd’hui notre période, 5 siècles après 1492 et plusieurs révolutions sociales, c’est la profonde mutation de notre monde. Mondial, national, régional et local sont désormais enchâssés. Il n’est plus question d’imaginer vivre en pensant être seul au monde.

Les conflits régionaux à nos portes, la situation sociale de Mayotte, l’avenir de l’Archipel des Chagos, les crises au Brésil, en Syrie, en Grèce, en Bolivie, au Venezuela, sur le continent africain, les virus biologiques ou informatiques, les urgences humanitaires font partie de nos existences.

Sur un autre versant, le développement imminent du continent africain, les innovations scientifiques et technologiques, les nanosciences du vivant ou de la robotique, l’inclusion sociale mondiale dans nos sociétés en paix font partie de notre avenir imminent.

Comme le mentionnait déjà l’ancien Président de l’Université d’Hokkaido, Norihito Tambo, comme le précise Edgar Morin, notre conscience nouvelle doit s'accompagner d'une nouvelle «politique de civilisation», pour sortir de cet « âge de fer planétaire ... qui ressemble à la préhistoire de l'esprit humain ».

Voyez, pendant votre voyage d’études, vous devez rêver d’une nouvelle civilisation, imaginer ce monde plus uni, faire notre avenir plus prospère et plus juste pour l’humanité tout entière.

Et comme vous êtes les enfants de notre village global interconnecté, comme vous êtes aussi des passeurs de siècles, vous avez le pouvoir de changer nos organisations, de changer le monde, vous avez le devoir de changer la vie, d’élaborer une nouvelle politique internationale de civilisation.

Cette politique de civilisation fait référence au concept de civilisation universelle introduite par le poète et académicien Léopold Sédar Senghor. Cette politique de civilisation «vise à remettre l’homme au centre de la politique, en tant que fin et moyen, et à promouvoir le bien-vivre au lieu du bien-être».

Cela veut dire que, concrètement, vous devrez vous attacher « à régénérer les cités, à réanimer les solidarités, à susciter ou ressusciter des convivialités, à régénérer l’éducation ».

Cela veut dire que, concrètement, vous devrez vous attacher à écrire un nouvel opus international des «jours heureux», vous devrez vous attacher à écrire un programme d’un conseil international des Nations unies !

Demain, vous aurez ainsi à imaginer des modes d’organisation, de consommation et de production inédits qui nous permettront, d’ici 2050, de vivre à plus de 9 milliards d’hommes dans un village de nations unies dont les ressources naturelles sont limitées, pour réaliser véritablement un développement qui inclut et non qui exclut.
Demain, vous aurez à faire tomber les murs, après celui de Berlin, celui de Cisjordanie, celui du Mexique, ceux de la méditerranée ou de la nouvelle Europe et enfin celui de l’argent.
Demain, vous aurez à faire tomber les systèmes d'accumulation des capitaux insensés, si ravageurs et si meurtriers.

Certes, la situation est complexe, mais nous avons le pouvoir d’appréhender cette complexité. Et si demain le possible devient impossible, quand ce quotidien, celui du possible nous semble impossible à vivre, la sagesse, le bon sens consiste à faire l’impossible et à trouver une voie nouvelle, aussi complexe soit-elle.

Les Nations Unies, la Francophonie, la COI nous indiquent la voie. Nos parents, nos familles, nos communautés, l’école de la République, nos universités sont nos lanternes, ils éclairent notre voie pour mieux approcher les phares et atteindre les ports.

Alors, entretenez ces phares d’espérances et grâce à eux ce sont des immenses défis que vous relèverez parce que vous en avez la trempe, le caractère, la passion et le courage.

Alors, à vous les « filles et fils de ce peuple neuf, mélange de nombreux peuples vieux »,
C’est en pensant aux misérables et aux gens de peu,
C’est en pensant aux déportés et aux migrants,
C’est en pensant aux courageux et aux explorateurs,
C’est en pensant aux rêveurs,
que vous resterez tout à la fois fidèle et rebelle, rebelle au possible et fidèle à l’impossible, et c’est ainsi que demain, nous vaincrons ensemble tous les murs de la honte et nous relèverons ensemble tous les défis.
C’est ainsi que demain, nous porterons en nous le monde que nous voulons, un univers de prose et de poésie et une constellation de connexions nouvelles de l’arbre de vie de l’Humanité.

Je vous demande d’être assez fou pour y croire et dès demain, relevez tous ces défis pour changer la vie et avec le cœur, vivez ensemble l’Humanité, faites ensemble l’Humanité.

Jean-Pierre Chabriat,
Doyen de la Faculté des Sciences et Technologies

2050, l’heure des défis

Je voudrais vous demander de porter une attention particulière à la situation de notre monde, je voudrais user de votre raison et vous demander d’imaginer notre monde, de le rêver et vous demander de vous engager à relever les défis auxquels sont confrontées nos sociétés.

Tout d’abord, portons un autre regard sur notre monde devenu village planétaire.

Depuis Dakar, Abdou Diouf(1) peint avec une lucidité certaine notre monde d’aujourd’hui. Il dépeint « (…) notre monde, secoué de convulsions, fracturé par les inégalités, démuni face à des menaces nouvelles, en proie à une crise économique persistante, il dépeint notre monde en perte de repères et de valeurs, notre monde en manque de régulations et d’éthique, (…) encore trop peu soucieux du futur crépusculaire qu’il pourrait bien léguer aux générations à venir, un monde sans cap et sans capitaine … »

Assurément, ce monde très agité et en profonde mutation, c’est ce village mondial devenu global et interconnecté. Depuis la grande période de la Renaissance, depuis l’invention de la machine à imprimer de Gutenberg, « les forces de l’industrialisation, l’élargissement des marchés et le progrès des technologies des transports, de l’information et de la communication ont dissous les frontières géographiques », transformant la planète Terre en ce grand village mondial.

Aujourd’hui, de vastes réseaux d’interaction rapides relient de plus en plus les sociétés, les communautés et même les individus. Le mondial et le local sont directement unis par des circuits de communication dont la rapidité et l’instantanéité révolutionnent les pratiques économiques et les organisations sociales.

Cette mondialisation a certes de grands avantages pour l’avenir. Elle donne accès à d’autres cultures, elle donne accès à d’autres modes de vie et elle ouvre tant de possibilités de dialogue entre les peuples que leurs différences auraient pu séparer dans le passé.

Mais, dans le même temps, ces réseaux mondiaux, cette mondialisation ont aussi des conséquences incertaines qui nous concernent tous directement. Il en est ainsi de l’épuisement des environnements, de l’érosion de la biodiversité mais aussi de l’érosion de la diversité des cultures humaines. « Et cette érosion est l’une des plus préoccupantes puisqu’elle risque de remplacer la diversité culturelle par des points de référence culturels homogénéisés et de détruire des identités culturelles façonnées au fil de nombreuses générations. »

Cet aspect négatif de la mondialisation est de ces grands défis du XXIe siècle.

Mais avant de vous demander de vous engager à mobiliser durant toute votre existence à les relever, je voudrais vous encourager à le faire.

Pour cela, je voudrais partager avec vous un rêve d’avenir, c’est un puissant stimulant et mobilisateur d’énergie.
De la mondialisation nous pouvons en retirer une conséquence heureuse : c’est notre prise de conscience planétaire de l’existence d’une unique et seule humanité. En 1961, depuis l’espace, le premier cosmonaute nous sensibilisait déjà sur cette vision unifiée de notre monde. Mais, tout bien réfléchi, cette vision unifiée était encore confidentielle. Dans la même année, plusieurs chercheurs du MIT écrivaient déjà des mémos décrivant les interactions sociales possibles avec un réseau d’ordinateurs préfigurant ainsi ce monde entièrement interconnecté.

30 ans après, les années 1990 marquent vos naissances et celle du réseau mondial d’objets connectés que l’on connaît aujourd’hui. C’est une période charnière dans l’histoire de l’humanité. Ainsi, cinq siècles après 1492, cinq siècles après l’innovation du livre d’imprimerie, l’internet society voit le jour, les réseaux mondiaux d’ordinateurs et d’objets connectés accélèrent irrémédiablement le processus de mondialisation, foisonnant nos connexions et activant nos découvertes scientifiques et nos innovations technologiques.

Vous avez ainsi tout à la fois une chance inouïe et une grande responsabilité. Vous êtes nés avec internet, vous êtes nés dans ce village global et dans cette période de renaissance, vous êtes nés pour changer la vie et le monde.

Au quotidien, vous vivez notre avenir commun et vous le savez à présent, chacune de vos actions individuelles auront des conséquences de l’autre côté de la Terre, chacun de nos engagements prendront sens globalement. Il n’est plus question d’imaginer vivre en pensant être seuls au monde. Les conflits régionaux, les crises économiques, les virus biologiques ou informatiques, les urgences humanitaires font partie de nos existences.

Le développement imminent du continent africain, les innovations scientifiques et technologiques, les nano-sciences du vivant ou de la robotique, l’inclusion sociale mondiale dans nos sociétés en paix, ils font partie de notre avenir.

Certainement, vous rêvez toujours d’un monde plus pacifique, plus prospère et plus juste pour l’humanité tout entière. Et comme vous êtes les enfants de notre village global interconnecté, comme vous êtes aussi des passeurs de siècles vous avez le pouvoir de changer nos organisations, vous avez le pouvoir de changer le monde, vous avez le devoir de changer la vie.

Pour vous aider à ouvrir la voie, je vous propose quelques phares d’espérance, des jalons à poser et des défis à relever.
Dans notre aventure humaine, dans nos nuits sombres, des rêveurs, des explorateurs, des courageux, des découvreurs ont allumé « des phares d’espérance et de concorde, de solidarité et d’humanisme ». Il en est ainsi de l’Organisation des Nations unies, de l’Organisation Internationale de la Francophonie, de l’Indiaocéanie. Ce sont des puissants phares d’espérance. Et dans les océans de notre « Google planète », la richesse de nos connaissances, le trésor de nos savoirs-faire, la diversité de nos cultures, ces connaissances que nous mobilisons chaque jour, ces savoirs-faire que nous pratiquons, ces cultures que nous partageons et que nous échangeons sont avec la raison nos meilleurs guides et ils nous permettent de poser des balises, des repères sur notre voie.

Aujourd’hui vous avez 20 ans. En 2050, la population de la planète atteindra 9 milliards d’hommes, l'économie mondiale devrait presque quadrupler et sa consommation d’énergie augmenter de 80%. En 2050, c’est le continent africain qui devrait afficher le taux de croissance le plus élevé du monde avec une population jeune en forte augmentation; près de 70 % de la population de la planète vivra en zone urbaine, amplifiant les problèmes environnementaux (pollution de l’air, traitement des déchets, transports). En 2050, vous aurez 50 ans … et vous aurez choisi notre avenir, celui de La Réunion, celui de l’indiaocéanie, celui des Nations Unies.

Dans notre déclaration du millénaire, l’Organisation des Nations unies s’est fixé les objectifs du millénaire, des jalons pour le développement du village global. Ces objectifs recouvrent de grands enjeux humanitaires : la réduction de l’extrême pauvreté et de la mortalité infantile, la lutte contre plusieurs épidémies dont le SIDA, l'accès à l’éducation, l’égalité des sexes, et l'application du développement durable.

Ces enjeux planétaires, ce sont les défis que notre village doit déjà relever.

Demain, vous aurez ainsi à imaginer des modes d’organisation, de consommation et de production inédits qui nous permettront, d’ici 30 ou 40 ans, de vivre, à plus de 9 milliards d’hommes dans un village de nations unies dont les ressources naturelles sont limitées.

Les Nations Unies, la Francophonie, la COI nous indiquent la voie. Nos parents, nos familles, nos communautés, l’école de la République, nos universités sont nos fanaux, nos lanternes, ils éclairent notre voie pour mieux approcher les phares et atteindre les ports.

Si vous êtes convaincus des enjeux, alors forgez votre caractère avec détermination, passion et courage ! Soyez fous et relevez tous ces défis pour changer la vie !

 

Pr Jean-Pierre CHABRIAT,
Doyen de la Faculté des Sciences et Technologies

 
notes
(1) compagnon de route de Léopold Sedar Senghor, ancien Président de la République du Sénégal, ancien secrétaire général de la Francophonie
références 
Abdou Diouf, Secrétaire général de la Francophonie, Discours inaugural du XV sommet de la Francophonie, 29 novembre 2014
Organisation des Nations Unies, Déclaration du millénaire, Résolution adoptée par l’Assemblée générale, 8 septembre 2000

2014 : cent ans après 1914, au pied du mur et avec la conviction …

Nous sommes en 2014, cent ans après 1914… et nous sommes au pied du mur avec la conviction chevillée au corps que nous sommes à l’orée d’une civilisation. Dans ce siècle, il y a eu tant d’espoirs, notamment scientifiques, technologiques et sociaux, et dans la même période il y eut tant de malheurs. Il y eut d’innombrables guerres, dont deux conflits mondiaux. Il y eut ces murs tragiques, édifiés quelquefois par ceux-là mêmes qui les ont dénoncés.

C’est ainsi que face à la porte de Brandebourg à Berlin, John Fitzgerald Kennedy, alors en visite d’Etat le 26 juin 1963 clame « Ich bin ein Berliner ! » avant d’ajouter,

« Beaucoup de gens sur cette planète ne comprennent pas réellement, ou disent ne pas comprendre, quelle est la grande différence entre le monde libre et le monde communiste. Qu’ils viennent à Berlin ! Il y en a qui disent que le communisme est l’avenir. Qu’ils viennent à Berlin ! … Et il y en a même quelques-uns qui disent que, certes le communisme est un système mauvais, mais qu’il permet un progrès économique. Ils n’ont qu’à venir à Berlin !»

A la fin de son discours, John Fitzgerald Kennedy précise alors que « La liberté n’est pas simple et la démocratie n’est pas parfaite, mais nous n’avons jamais eu besoin d’élever un mur pour conserver nos citoyens, pour éviter qu’ils ne nous fuient …»

Le 9 novembre 1989, 26 ans plus tard, ce mur est tombé. La chute de ce « mur de la honte » suscita alors l'admiration incrédule du « monde libre » et ouvrit la voie à la réunification allemande.

Mais voyez, comme un train peut cacher un autre train, un mur qui tombe, le mur de la honte, le mur de Berlin cache d’autres murs : le mur de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, la barrière de séparation en Cisjordanie et surtout cet autre mur toujours debout, toujours plus haut, le Mur de l'argent.

En 1989, le monde « libre » auquel fait référence John Fitzgerald Kennedy est paniqué par la disparition de l'Ennemi qui lui assurait le monopole de l’idéal réalisable. Cet idéal serait celui du monde « libre », celui du monde « capitaliste ».

Dans cette période que j’ai vécue, quand tout allait mal, on pouvait dire : « Grâce à Dieu, en face, c'est pire ! Quand tout allait mal, il était possible d'affirmer:  c’est la faute au méchant communisme ! »

« Aujourd'hui, comme le capitalisme est le seul maître du terrain, il ne peut s'en prendre qu'à lui-même des contradictions qui le minent. Pourtant, il est incapable d'assurer le minimum vital de ses propres ressortissants et voici qu’en 1989, il a sur les bras les libérés des régimes de l'Est. Sans compter le Sud qui frappe à la porte ». Sans oublier à présent les pauvres de la crise, ceux de nos pays, ceux de nos démocraties, ceux-là mêmes qui sont libres et pourtant fuient ce mur dominant et invisible.

« Aujourd'hui, le monde « libre » doit leur répondre sans trahir son Credo ». Quel est donc ce Crédo, quel est donc cet ensemble de principes sur lesquels il fonde sa stratégie ? Il est très clair : « L'homme n'a pas d'autre motivation que satisfaire son intérêt le plus immédiat, c’est-à-dire celui de l'individu qui a le mieux joué des coudes afin d'imposer sa propre chance victorieuse ».

En 1931, à Genève, dans son célèbre discours sur le pourvoir de dire « non », déjà, le Mahatma Gandhi exposa avec lucidité un rouage essentiel du « capitalisme », un rouage du monde « libre » : « A la minute même où les travailleurs comprennent que le choix leur est offert de dire « oui » quand ils pensent « oui » et « non » quand ils pensent « non », le travail devient maître et le capital l’esclave … le travail n’a pas besoin de se venger, il n’a qu’à rester ferme… et s’il reste fidèle à son « non », celui-ci finira par triompher ».

Et Gandhi ajoute alors : « Mais je vais vous dire pourquoi le mouvement ouvrier si souvent capitule. Au lieu de stériliser le capital, il cherche à prendre possession du capital pour devenir capitaliste à son tour. Par conséquent, le capitalisme trouve dans le mouvement ouvrier les éléments qui soutiendront sa cause et seront prêts à le remplacer ».

Et si cet homme c’était vous. Et si chacun d’entre vous aspirait à accumuler le capital sans raison ?

Ainsi vient la question cruciale, la question à laquelle vous aurez à cœur d’élaborer mille réponses, vous qui allez faire la société humaine, il s’agit de la question sociale. Et vous avez une chance inouïe puisqu’avec la révolution copernicienne des moyens de communication de ce début de 21e siècle, cette question sociale est aujourd’hui mondiale, elle est devenue globale.

Alors, « peut-on ainsi dire qu’après l’échec du communisme, le capitalisme est le système social qui l’emporte et que c’est vers lui que s’orientent les efforts des pays qui cherchent à reconstruire leur économie, leur société ? »

« Est-ce votre modèle ? Est-ce le modèle de société humaine pour vos enfants ? Est-ce un modèle qu’il faut proposer aux peuples du monde ? »

« Vous voyez bien que les effets du système d'accumulation (des capitaux) sont si ravageurs et si meurtriers que la nécessité s'impose à tous ensemble, de créer, d’inventer un autre monde. Si nous n’agissons pas, c’est la paresse et la peur de créer qui fabriquera encore en série les prédateurs et les proies. »

Certes, la situation est complexe, mais nous avons le pouvoir d’appréhender cette complexité. Et s’il le fallait, nous pourrions faire les hypothèses les plus folles comme le suggère l’astrophysicien Hubert Reeves. Il déclarait en faisant sienne la parole d'un professeur de physique à ses étudiants : « Vos hypothèses ne sont pas assez folles pour avoir quelque chance d'être vraies. »

Dès lors, quand le possible devient impossible, quand ce quotidien, celui du possible nous semble impossible à vivre, la sagesse, le bon sens consiste à faire l’impossible, à trouver une voie nouvelle, une voie exigeante.

Chemin faisant, faites alors tomber les murs - après celui de Berlin, celui de Cisjordanie, celui du Mexique et enfin celui de l’argent, celui de l’accumulation.

Si cela vous semble impossible, alors

vous voici acculés à la raison,
vous voici acculés à la création, 
vous voici acculés à prendre des risques,
vous voici acculés à innover, et enfin
vous voici acculés à vivre la vie, la vie humaine, celle qui commence avec l'éveil à la relation et non à celui du cumul

Restez tout à la fois fidèle et rebelle, rebelle au possible et fidèle à l’impossible, et ayez l’ambition et la volonté de vaincre tous les murs de la honte.

Alors, levez vos yeux
par-delà la crise d’aujourd’hui,
par-delà votre vie, vers les espoirs de demain, 
par-delà « le monde libre », vers les progrès de la liberté, vers l’humanité tout entière

Alors, levez vos yeux par-delà les murs, vers la réciprocité, la mutualité

Alors, levez vos yeux par-delà les murs, vers l’impossible

Alors à vous les filles et fils de ce « peuple neuf, mélange de nombreux peuples vieux »(1), vainquez ensemble tous les murs de la honte, portez en vous le monde que vous voulez, un univers de prose et de poésie, une constellation de connexions nouvelles de notre arbre de vie.

 

Jean-Pierre CHABRIAT,
Doyen de la Faculté des Sciences et Technologies

 

références
(1) expression introduite par Georges Charpak lors de sa visite à la Faculté des Sciences et Technologies en 2001
(2) « Cent après … les débuts du capitalisme sauvage : le Pape » Jean Cardonnel - Centre Lacordaire, le 21 novembre 1991 
(3) « Ich bin ein Berliner » John Fitzgerald Kennedy, discours de Berlin-Ouest, 26 juin 1963
(4) « Le pouvoir de dire « Non » », Mahatma Gandhi, discours sur la non-violence, Genève, 30 décembre 1931

Changez la vie !

Je voudrais m’adresser à chacun d’entre vous, jeunes gens, bientôt diplômés de Licence ou de Master, vous qui êtes né(e)s il y a une vingtaine d’années pour vous témoigner de votre chance extraordinaire d’avoir un arbre de vie dont la cime pourrait s’élever au-delà du XXIIe siècle.

Votre génération est celle de passeurs de siècles.
J’espère que vous vivrez un très long voyage particulièrement riche en péripéties et en expériences. Comme Ulysse dans l‘Odyssée d’Homère, j’espère que votre parcours comptera beaucoup d’escales et nombre de rencontres passionnantes et instructives.
Imaginez-vous donc : une enfance au XXe siècle et un âge d’or au XXIIe siècle  ! Trois siècles en une vie  ! Vous serez nombreux à le vivre… je le crois. C’est tout à la fois une chance et une responsabilité que d’être un passeur de siècles. Vous aurez tant de passages de témoins à faire. Aussi, préparez-vous à le faire et dès demain, partez vous enrichir de nombreuses expériences, partez vous enrichir de vos réussites et aussi de vos échecs.

Durant cette longue vie, nombreux seront les matins où vous pourrez rêver de métamorphoser la société, de transfigurer l’humanité. Nombreux seront les lieux où vous pourrez agir pour ouvrir et tracer la voie d’une autre politique de l’humanité. Nombreuses seront vos pensées d’aventuriers et d’explorateurs où vous songerez à changer la vie.

Ayez l’audace de changer la vie !
A vous la jeunesse diplômée, à vous les passeurs de siècles, j’ai le devoir de vous demander de prendre des risques et de changer la vie, dès demain.
Prenez donc le risque d’être acteur de bouleversements et de révolutions, d’imposer un nouvel art de vivre,
prenez le risque de vous approprier votre vie plutôt que de courir après,
prenez le risque de votre autocritique pour mieux vous connaître,
prenez le risque de débusquer en vous les routines mentales et de soumettre vos propres croyances et certitudes à la critique,
prenez le risque de réformer votre vie,
prenez le risque de changer la vie,
et pourquoi ne pas prendre le risque d’aller fleurir à Boston, Kyoto, Nankai, Chennai, Stockholm, Rio ou Cape Town…

Et si prendre tous ces risques, c’était la chance de changer votre vie.
Affronter ces risques, c’est aussi apprendre à redécouvrir le goût des choses et l’enchantement.
Affronter ces risques, c’est changer la vie en cultivant deux profondes aspirations humaines complémentaires : celle de l’affirmation du « je », en liberté et en responsabilité, et celle de l’intégration du « nous » qui établit notre lien à l’autre. C’est foisonner des connexions nouvelles de notre arbre de vie, c’est l’apprentissage de formes de sociabilités nouvelles.

Cette période est une vraie chance pour vous les passeurs de siècles. Vous allez changer la vie. Vous allez tout à la fois métamorphoser votre vie personnelle et la société. A la question de savoir s’il faut commencer par changer de société ou par le changement personnel, vous connaissez la réponse : il faut commencer en même temps des deux côtés. Gandhi le disait de manière poétique : « il faut porter en nous le monde que nous voulons ».

Vous avez la force vitale de risquer l’aventure. Vous avez la poésie alliée à la conscience d’y croire.
Alors je vous demande d’y penser, de faire preuve d’audace et de courage, de vous engager à changer la vie.


Jean-Pierre Chabriat,
Doyen de la Faculté des Sciences et Technologies

références :
La Voie. Pour l’avenir de l’humanité
Edgar Morin - Editions Fayard - 2011 - ISBN - 978-2-8185-0178-8

Edgar Morin, l’aventure d’une pensée
Sciences Humaines - HS n° 18 Mai - Juin 2013

1492 - 2012 - L'Humanité - La Raison - La République

En 1492, pour l’intellectuel Jacques Attali, l’Europe se trouve à l’orée d’un renouveau religieux, démographique, culturel, économique et politique. Ce renouveau conduira à des contradictions si lourdes que seule la violence permettra de les trancher, conférant aux Européens du XVIème siècle le pouvoir majeur : celui de raconter aux générations futures l’Histoire de leur temps.

En 2012, notre civilisation planétaire, qui vit «une période de turbulences, articulées l’une à l’autre selon des mécanismes complexes», connaît «un nouveau point de convergence». A cette nouvelle bifurcation de notre arbre de vie, je mets tout mon espoir en la métamorphose de l’Humanité.

Et au cœur de notre Humanité il y a l’Université. L’Université qui est cette institution vivace de création et de transmission de savoirs. Elle, qui nous irrigue et favorise l’épanouissement de nos esprits inventifs et imaginatifs, en sciences, philosophie, arts et lettres. Elle, qui permet qu’avant tout vive ce fondement essentiel de la République «éternelle et supérieure à l’Humanité» : la Raison.

L’étudiant, citoyen de la République, doit user de sa raison et rejeter l’autorité en matière d’opinions, discuter toujours librement, et n’accepter comme vraies que les opinions qui lui paraîtront être telles.

« C’est sur des âmes raisonnables qu’est fondée la République et chacun doit ainsi juger et user de sa raison, vouloir comprendre et comprendre par soi-même, vouloir, selon la première règle de Descartes, ne recevoir pour vrai que ce qui paraît être tel. User de sa Raison, ce n’est assurément pas répéter le vrai après d’autres. Ne rien recevoir pour vrai que ce que l’on reconnaît être tel, et, tant qu’on ne voit pas une chose quelconque aussi clairement que l’on voit ce que c’est que un plus un, deux plus un, trois plus un, oser se dire à soi-même, oser dire aux autres : « je ne comprends pas, je ne sais pas ».

Or que savons-nous de la Raison ? Qu’elle ne comporte ni degrés ni parties. User de sa raison, c’est toujours faire le même acte simple et indivisible, qu’on appelle juger. L’on n’est pas à moitié capable de comprendre la chose la plus simple du monde. Et comprendre, c’est toujours comprendre la chose la plus simple du monde. Une chose, qui n’est pas la plus simple du monde pour un homme, est incompréhensible pour lui, et il sera parfaitement raisonnable en refusant de l’accepter.

Et c’est assurément ce que voulait dire Descartes, lorsqu’il disait dans la première phrase de son Discours de la méthode : « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » ; et par le bon sens, dit-il plus loin, j’entends la Raison, c’est-à-dire la faculté de bien juger et de discerner le vrai du faux. Il voulait dire que la Raison est tout entière en tout homme. En ce sens tous les hommes naissent absolument égaux. Un homme en vaut un autre. Tout homme a le droit et le pouvoir de douter et de discuter et que l’ignorance ingénue du plus simple des hommes a le droit d’arrêter le plus sublime philosophe et de lui dire : « Je ne comprends pas, instruis-moi. »

Alain disait ainsi de la Raison qu’«elle est le vrai Dieu, et que c’est bien un culte qu’il faut lui rendre. En effet, cette raison, commune à tous les hommes, et qui est tout entière en chacun d’eux, doit être rigoureusement la même en tous ; sans quoi les hommes ne pourraient pas se comprendre ; toute démonstration, toute discussion même serait impossible.».

« La Raison, c’est bien là le Dieu libérateur, le Dieu qui est le même pour tous, le Dieu qui fonde l’Égalité et la Liberté de tous les hommes, qui fait bien mieux que s’incliner devant les plus humbles, qui est en eux, les relève, les soutient. Ce Dieu-là entend toujours lorsqu’on le prie, et la prière qu’on lui adresse, nous l’appelons la Réflexion. C’est par la Raison que celui qui s’abaisse sera élevé, c’est-à-dire que celui qui cherche sincèrement le vrai, et qui avoue son ignorance, méritera d’être appelé sage.

Et pour vous faire comprendre enfin que la Raison est supérieure à tout autre maître, et qu’il n’est pas un homme au monde qui volontairement abaisse et méprise la Raison, Alain emprunte sa conclusion à l’illustre Pascal. Pascal qui, comme vous savez, essaya pourtant de se prouver à lui-même que l’homme a un maître supérieur à la Raison. « La Raison, dit Pascal, nous commande bien plus impérieusement qu’un maître, car en désobéissant à un maître on est malheureux, et en désobéissant à la Raison on est un sot. »

« Nul n'a le droit exclusif de dire ce que sera la République : elle sera ce qu'il plaira au plus grand nombre qu'elle soit ; et ceux qui ne la jugent pas à leur goût n'ont qu'une chose à faire, parler, écrire, discuter, et, d'un mot, instruire. Mais je sais bien que, tant que les citoyens seront disposés à croire sur parole les plus forts, les plus riches, les plus éloquents ou les plus instruits, tant qu'ils seront incapables de réflexion personnelle et de libre critique, c'est en vain que nous inscrirons sur nos édifices la sublime devise républicaine. »

Au contraire, dans la mesure où chacun affranchit son esprit du poids de la tradition, des menaces de l'autorité ou des caresses sournoises de l'intérêt, chacun de vous fonde en lui, défend en lui et sauve en lui la vraie République. La sagesse des citoyens, le culte de la Raison, l'amour des idées, tel est le fondement de la République.

Je suis convaincu que nous vivons une période instable, une bifurcation, à l’origine d’une ère moderne nouvelle, d’une renaissance. L’Université porte en elle ce germe de la métamorphose républicaine. L’Université est un gardien de la République. Vous êtes aujourd’hui des ambassadeurs de l’Université, des gardiens de la République et ceux qui métamorphoseront notre Monde.

Usez de votre formation, usez de la raison pour défier l’ordre des choses pour que vive la République !

Jean-Pierre Chabriat,
Doyen de la Faculté des Sciences et Technologies

références
« 1492 » Jacques Attali 1991 Editions Fayard ISBN : 978-2-213-64148-5
« Le Culte de la Raison comme fondement de la République » Conférence populaire d'Alain (Emile Chartier), Revue de Métaphysique et de Morale, janvier 1901, pp. 111-118.

L’Université est une institution de création et de transmission inter-générationnelle primordiale à la vitalité de notre arbre de vie. Nous y avons notre rôle: préserver les racines, entretenir le feuillage, bourgeonner de nouvelles branches, foisonner les connexions.

Afin de préserver nos racines, nous devons sans cesse témoigner de nos engagements respectifs, de nos expériences, pour mieux irriguer les possibles, les imaginaires, les rêves des jeunes. En juin 2011, Memona Affejee-Hintermann, réunionnaise qui sillonne le Monde tête haute, grand reporter international et ambassadrice infatigable de notre pays est venue exprimer avec foi et détermination un message pour surmonter le passé et rêver l'avenir.

Pour entretenir le feuillage et faire bourgeonner de nouvelles branches, notre pays doit relever des défis majeurs dont le coeur est social. L’université doit s’engager dans son rôle de l’Alma Mater et dans notre époque: chaque jour nous devons nous engager à former bien plus d'étudiants en Licence, comme en 1960 l’école devait former bien plus de bacheliers (13% d’une classe d’âge étaient titulaires du baccalauréat en 1960, 63% en 2008).

Pour foisonner les connexions, nous devons vous témoigner notre confiance et vous exprimer que vous êtes notre avenir, surtout dans cette période marquée par de nombreuses incertitudes, discordes et catastrophes mais aussi par des signes d'espoir. Quand nous évoquons la Grèce, la Syrie, le Japon, la Tunisie, le Liban … nombreux sont ces territoires où les jeunesses sont en questionnement face à un avenir incertain. A La Réunion, vous ne faites pas exception pour d'autres raisons.

Sous peine d’infirmité cognitive, au risque d’une inadaptation sociale, mieux reconnaître et connaître le monde devient nécessité à la fois intellectuelle et vitale.

A chacun d'entre vous, nous devons une stratégie de développement résolument tournée vers l'avenir,
A chacun, nous vous devons une formation d'excellence, une éducation métamorphosée pour mieux  accéder aux informations sur le monde, articuler et organiser les connaissances,
A chacun, nous vous devons un devenir de citoyen

Pour que nous réussissions avec vous la transmission inter-générationnelle, nous avons la volonté de passer les témoins au plus grand nombre : hier le baccalauréat, aujourd’hui la licence, dans l’avenir le master. 
A chacun d'entre vous, nous avons la responsabilité de vous passer un relais,

« Pas capab lé mor sans seyé ! » Ensemble, éclairons la marche de l'humanité.

 

Jean-Pierre Chabriat,
Doyen de la Faculté des Sciences et Technologies

Sur vos 24h chrono de vie, vous avez quelques heures pour vous initier à quelques savoirs primordiaux afin de devenir et être un citoyen démocrate d’une république planétaire, dans l’objectif de mieux naître ensemble l’Humanité.

Le siècle de votre naissance a été une ère de remise en cause scientifique et a engagé l’Humanité dans une période de Renaissance. Vous avez le bonheur de vivre ce renouveau, de vous accomplir, de ressusciter votre âme d’enfant, le fils de l’Homme. Je vous souhaite de devenir des «co-constructivistes», d’agiter en permanence la collaboration du monde extérieur et de votre esprit pour construire une nouvelle réalité planétaire.

En cette rentrée universitaire 2010, je voudrais ainsi vous faire part d’une introduction à un texte fondamental d’Edgar Morin (1). Sa réflexion que je voudrais partager avec vous nous plonge au cœur des mouvements de l’histoire, faite de sauts et de soubresauts, loin de l’idée de progrès linéaire.

 «Notre réflexion sur le monde d’aujourd’hui ne peut s’émanciper d’une réflexion sur l’histoire universelle. Les périodes calmes et de prospérité ne sont que des parenthèses de l’histoire. Tous les grands empires et civilisations se sont crus immortels – les empires mésopotamien, égyptien, romain, perse, ottoman, maya, aztèque, inca… Ils ont tous disparu et ils ont été engloutis. Voilà ce qu'est l'histoire : des émergences et des effondrements, des périodes calmes et des cataclysmes, des bifurcations, des tourbillons, des émergences inattendues». Et parfois, «au sein même des périodes noires des graines d'espoir surgissent».

Comme pour l’ancien Président de l’Université d’Hokkaido, Norihito Tambo, pour Edgar Morin, notre conscience nouvelle doit s'accompagner d'une nouvelle «politique de civilisation», pour sortir de cet «âge de fer planétaire»... «préhistoire de l'esprit humain». La politique de civilisation évoquée fait référence au concept de civilisation universelle introduite par le poète et académicien Léopold Sédar Senghor. Cette politique de civilisation «vise à remettre l’homme au centre de la politique, en tant que fin et moyen, et à promouvoir le bien-vivre au lieu du bien-être».

Cela veut dire que, concrètement, il faut s'attacher «à régénérer les cités, à réanimer les solidarités, à susciter ou ressusciter des convivialités, à régénérer l'éducation». Il y a sept savoirs «fondamentaux» que l’éducation devrait traiter dans toute société comme dans toute culture, sans exclusive ni rejet, selon des modes et des règles propres à chaque société et à chaque culture :

  • Les cécités de la connaissance, «l’erreur et l’illusion»
  • Les principes d’une connaissance pertinente
  • La condition humaine
  • L’identité terrienne
  • Le savoir qui doit vous permettre d’«affronter les incertitudes»
  • La compréhension
  • L‘éthique du genre humain

Enfin, ajoutons le savoir scientifique. Ce savoir est non seulement provisoire, mais encore débouche sur de profonds mystères concernant l’Univers, la Vie, la naissance de l’Etre humain. Ici s’ouvre un indécidable dans lequel interviennent les options philosophiques et les croyances religieuses, à travers cultures et civilisations».

Face à notre destin inconnu, tous au sein de l’équipe pédagogique de la Faculté des Sciences et Technologies, nous nous devons de favoriser l’épanouissement de vos esprits inventifs et imaginatifs. Il est urgent que vous soyez doté d’une «indulgence musclée» et d’une «douce rigueur» et que vous ayez cette ambition de vouloir créer une nouvelle civilisation qui remplacera celle de l'époque moderne.

Nous œuvrons à votre réussite, gage d’espoir pour que vive la démocratie et la République planétaire. «La démocratie, c’est l’égalité des droits, la République, c’est l’égalité des chances».

Vous êtes nos graines d’espoir.
A l’inattendu, vous ouvrirez la porte. (2)

 

Jean-Pierre Chabriat,
Doyen de la Faculté des Sciences et Technologies

 

[1] « Les sept savoirs fondamentaux nécessaires à l'éducation du futur» Edgar Morin, Edition Seuil, Publié en Octobre 1999 par l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture.

[2] La formule du poète grec Euripide, vieille de vingt-cinq siècles, est plus actuelle que jamais : “L'attendu ne s'accomplit pas, et à l'inattendu un dieu ouvre la porte”.